Jeanne d'Arc, son costume, son armure : essai de reconstitution 
Adrien Harmand
Paris, Editions Leroux, 1929

.: Préface | La chemise | Le chaperon | Le gippon | Les chausses :.

Le chaperon

La Chronique de la Pucelle nous apprend qu'à Vaucouleurs on lui avait fait faire un chaperon à homnie(,).

Lorsqu'elle pénétra dans la grande salle de Chinon, elle avait un chapperon de layne, sur la teste, écrit Mathieu Thomassin.

Les actes d'accusation, cités plus haut, confirment ces deux témoignages.

Il parait donc hors de doute que, pendant son voyage de Vaucouleurs à Chinon et durant son séjour dans cette dernière ville, Jeanne d'Arc a été coiffée d'un chaperon. Nous avons d'ailleurs les propres paroles de l'héroïne qui déclare qu'à Chinon, mise en présence du roi, elle avait un chaperon. " Interroguee se son roy et elle firent point de révérence a l'angle quant il apporta le signe ; respond que ouil d'elle; et se agenoulla et oulta son chaperon. " Cette réponse suffirait à elle seule pour infirmer l'assertion du greffier de la Rochelle qu'à son arrivée au château de Chinon elle avait un chappeau noir sur la teste. La parole de la sainte doit primer tous les témoignages.

Viollet-Le Duc a expliqué, avec figures à l'appui, comment, le chaperon, petite chape à capuchon à l'origine, avait fini par devenir bonnet ou turban à volonté, tout en conservant sa destination primitive. Mais l'énorme tâche, assumée par l'éminent architecte, de décrire en détail le costume et les armes d'une période de sept cents ans ne pouvait s'accomplir sans erreurs et sans omissions. Pareille entreprise dépassait les investigations d'un seul homme. C'est pourquoi, parmi beaucoup de science, de nombreuses lacunes et de flagrantes inexactitudes se font remarquer dans les deux volumes du Dictionnaire du mobilier que cet auteur a consacrés aux vêtements médiévaux. Le chaperon notamment, qui joua un rôle si important et si caractéristique pendant tout le moyen âge eût mérité d'y être plus complètement traité.

D'une érudition moins téméraire mais mieux assise, Jules Quicherat, n'ayant prétendu écrire l'histoire du costume que dans ses grandes lignes, en évitant de trop hasardeuses précisions, a su davantage se tenir à l'abri de l'erreur. Comme pour les autres pièces de l'habillement, il n'a fait qu'effleurer la question du chaperon.

Le Glossaire archéologique de Victor Gay, dont le principal mérite consiste dans une abondante et précieuse compilation de textes intéressants, est resté encore plus insuffisant dans la description qu'il renferme de cette partie du vêtement.

De même que les ouvrages de Quicherat et de Viollet-Le Duc précédemment cités, le Manuel archéologique du regretté Camille Enlart, embrasse trop de siècles et un ensemble de matières trop étendu pour que son auteur ait pu approfondir en tous points et parfaire l'oeuvre de ses devanciers.

Ayant restreint notre étude au costume masculin en usage à l'époque de Jeanne d'Arc, nous allons nous efforcer d'être à la fois plus précis et plus complet.

Très ancien, le chaperon dura des siècles. Nous montrerons, au cours de ce travail, qu'il en existe encore quelques vestiges dans certaines de nos coiffures modernes, civiles et militaires, ainsi que dans la tenue de cérémonie de nos magistrats et de nos professeurs.

Le profane, qui d'un oeil admiratif contemple les détails pleins de finesse du merveilleux Puits de Moïse de la Chartreuse de Dijon, s'arrête parfois intrigué devant un objet de forme imprévue posé sur l'épaule gauche d'un des prophètes composant cette oeuvre magistrale. L'initié a reconnu le chaperon. Notre figure 1 en donne l'aspect et la figure 2 le patron, que nous croyons avoir reconstitué aussi exactement que possible. Ce n'était-en somme qu'un capuchon dont le collet D E s'appelait goule, guleron ou patte, l'ouverture B C, visagiére ou barbute, et l'appendice supérieur A cornette.

Le Rozier des Guerres 1461-1483 Le Rozier des Guerres 1461-1483

La figure 3 représente deux croquis de chaperons plus anciens et de coupes différentes, exécutés en marge d'un recueil de statuts municipaux des métiers de Toulouse qui fut rédigé de 1279 à 1131.

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Il y avait des chaperons à courtes cornettes et des chaperons à longues cornettes. Ceux que viennent de montrer nos dessins sont de la catégorie des premiers.

La figure 4 reproduit le patron reconstitué d'un chaperon à longue cornette provenant d'une des statuettes de pleurants qui entourent le tombeau du duc Philippe le Hardi, au Musée de Dijon. Nous donnons la tête de ce pleurant (fig. 5). Ici, le chaperon n'est pas porté sur l'épaule, comme dans l'exemple fourni par notre figure 1. Il n'est pas davantage mis en capuchon enveloppant la tête de manière à ne laisser voir que le visage, suivant la destination première de tout chaperon. Il est disposé en bonnet. L'avancée de la visagière est retournée sur elle-même en dehors de façon à constituer une épaisse saillie, et cette visagière, avec son bord ainsi retourné, au lieu d'encadrer la figure, coiffe le crâne. Le guleron retombe alors sur l'épaule droite, et la cornette, après avoir reposé en partie sur l'épaule gauche, pend librement le long du dos.

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Les patrons reproduits dans les figures a et 4 nous montrent la cornette issant verticalement de la têtière du chaperon. Un exemple, tiré, comme le dernier, des statuettes des tombeaux des ducs de Bourgogne, nous met en présence d'un autre type de chaperon, dont la cornette, au lieu de saillir verticalement, se trouve prolonger horizontalement en arrière le sommet du capuchon, disposition que fera comprendre la figure 6 donnant le patron de ce nouveau chaperon.

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Dans cet exemple, la goule, plus longue que celles des chaperons précédemment reproduits, est rendue plus étoffée au moyen de deux pièces latérales destinées à revêtir les épaules. Tous les chaperons, dont la goule descendait assez bas pour couvrir le haut des bras, possédaient cette particularité, naturellement indépendante de la direction de la cornette. Il est donc établi qu'il y avait des cornettes verticales et des cornettes horizontales, et que ces deux sortes de cornettes se trouvaient taillées d'un seul morceau avec le chaperon.

Les monuments vont maintenant nous montrer un troisième genre de cornettes, lequel n'était pas le moins répandu, celui des cornettes taillées à part et rapportées ensuite à la têtière. Le mode spécial d'emmanchement de ces appendices leur permettait de pivoter librement, de haut en bas et inversement, autour de leur point d'attache, de manière à pouvoir prendre à volonté non seulement les directions verticale et horizontale, mais encore toutes.les positions obliques intermédiaires. Très en faveur au quinzième siècle, les cornettes rapportées n'apparaissent guère avant 1400 dans l'iconographie du moyen âge. On comprendra que leur invention constituait un progrès dans l'art de confectionner les chaperons.

Nous avons mentionné dans notre préface l'existence, au Musée Jeanne d'Arc d'Orléans, d'une tapisserie allemande représentant l'arrivée de la Pucelle à Chinon. L'un des cavaliers de la suite de l'héroïne s'y trouve coiffé d'un chaperon enfermé, c'est-à-dire mis en capuchon enveloppant la tête (fig. 7). Ce chaperon est rouge, entouré, à la hauteur du front, d'un tortil jaune et bleu. Il est difficile de distinguer nettement sur la tapisserie si ce tortil appartient à un bonnet rouge indépendant mis par-dessus le chaperon, ou s'il n'est autre que la cornette enroulée de celui-ci. Dans cette dernière hypothèse que nous croyons pouvoir adopter, la cornette est certainement rapportée puisqu'elle diffère de couleur avec le reste de la coiffure. Ce bariolage, qu'on retrouvera plus tard dans l'accoutrement des lansquenets, peut s'expliquer par l'origine allemande de la tapisserie. On ne le rencontre pas dans les costumes français du temps de Jeanne d'Arc, où les chaperons se montrent généralement d'une seule couleur. La figure 8 donne le patron de ce chaperon tricolore.

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L'angle b a b, formé par les deux fentes obliques a b, représente la pointe supérieure du capuchon destinée à recouvrir la naissance de la cornette sur sa face externe. Les deux angles i c b, réunis ultérieurement, formeront la pointe inférieure qui sera cousue à la face interne de la cornette.

Pour exécuter ce chaperon, il faut réunir par une couture d'abord les deux lignes courbes c i, puis les deux lignes courbes f h de la têtière; ensuite coudre ensemble les deux lignes droites c' e de la cornette. Il n'y a plus alors qu'à joindre la cornette à la têtière en cousant b a b sur b' a' b' et b c b sur b' c' b'.

La figure 9 montre l'aspect de la cornette cousue à l'entaille en pointe de la têtière et tombant à plat le long du dos. Cet assemblage, invisible sur la tapisserie, nous est donné par une statuette des pleurants de Dijon, sur le dos de laquelle on voit emmanchée de cette façon, une cornette rapportée et couturée par le milieu, comme l'était forcément la cornette mi-partie jaune et bleue du chaperon rouge dont est coiffé le compagnon de Jeanne d'Arc, représenté par notre figure 7. De nombreuses miniatures nous offrent d'ailleurs maints exemples de ce mode de jonction de la cornette à la têtière.

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La figure10, provenant du Boccace de Jean sans Peur, donne un chaperon français, enformé comme le chaperon allemand précédent. On peut remarquer dans ce dernier exemple l'extrémité de la cornette sortant en dessous de son enroulement.

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Le chaperon avait l'avantage sur le chapeau et le simple bonnet de se transformer suivant les circonstances. Il était à plusieurs fins, et c'est ce qui explique sa très longue vogue, malgré la bizarrerie apparente de certaines de ses métamorphoses.

Lorsqu'il s'agissait de se garantir du froid, on l'enformait, ainsi que le montrent les figures 7 et 10. Pour enformer le chaperon, on s'y prenait de la façon suivante. Ayant préalablement retroussé une fois sur lui-même le bord de la visagière et rapproché son ouverture de celle du guleron, en les juxtaposant l'une sur l'autre, on saisissait des deux mains l'anneau d'étoffe ainsi obtenu, le guleron en dedans, la visagière en dehors, et on y introduisait la tête de manière que le guleron s'étalât en pèlerine sur les épaules et que la visagière encadrât le visage (fig. 11, A.). Mais comme celui-ci se trouvait alors un peu trop enfoui sous l'avancée de la visagière, bien que cette avancée fût diminuée par un retroussis, on modifiait ce retroussis en refoulant à l'intérieur les parties avoisinant les pommettes de façon à rapprocher du front le bord supérieur de la visagière, ainsi que le fait comprendre, en B, la figure 11. Cette dernière opération occasionnait, de chaque côté du visage, comme on le voit sur notre dessin, un pli vertical qu'on peut remarquer dans tous les monuments anciens représentant avec quelque précision les chaperons enformés. La tête se trouvait ainsi chaudement enveloppée et à l'abri des intempéries. Courte ou longue, la cornette pendait librement sur le dos. Lorsque la dimension de cet appendice le permettait, on l'enroulait en turban autour de la tête, comme la font voir les figures 7 et 10. C'est bien de cette manière que la Pucelle a dû porter son chaperon durant les froides nuits de février pendant lesquelles elle chevauchait, au cours de son voyage de Vaucouleurs à Chinon.

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Lorsque, le beau temps revenu, on désirait défeubler son capuchon, C'est-à-dire se désencapuchonner, il n'y avait qu'à saisir de la main droite l'extrémité de la cornette, préalablement déroulée, et à la tirer franchement de haut en bas. La tête surgissait alors, débarrassée de sa chaude enveloppe, le cou se trouvant entouré du retroussis de la visagière, lequel retroussis prenait l'aspect d'un large col, ainsi que le montre notre figure 15. C'était ce qu'on appelait mettre le chaperon en gorge.

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Il est bon de faire remarquer que la disposition régulière des plis dessinant nettement col, capuchon et guleron, telle qu'on la voit sur ce fragment de miniature et sur les nombreux monuments représentant cette manière de porter le chaperon, ne peut s'obtenir qu'en tirant sur la cornette. Cette simple traction provoque seule un résultat satisfaisant et immédiat.

En temps normal, le chaperon se coiffait par la visagière, en bonnet, le guleron pendant d'un côté, la cornette de l'autre, comme l'a montré la figure 5. Il s'enfonçait bas sur la nuque et couvrait le haut des oreilles. Voici l'explication de cette dernière particularité.

La visagière destinée en principe à encadrer le visage, se trouvait trop grande pour être transmuée en tour de tête sans subir de modification. Si donc on voulait mettre le chaperon en bonnet, il fallait rétrécir la visagière. A cet effet, les bords de cette partie du chaperon,. étaient, soit repliés, soit enroulés sur eux-mêmes, et l'accroissement d'épaisseur que leur donnait l'une ou l'autre de ces opérations diminuait sensiblement son ouverture. Néanmoins, malgré ce rétrécissement, trop de largeur empêchait encore la visagière d'enserrer suffisamment le crâne au-dessus des oreilles, d'où la nécessité d'englober le haut de celles-ci pour être coiffé solidement et ne pas être déchaperonné au moindre heurt ou au premier coup de vent.

Lorsque le chaperon transformé en bonnet possédait une longue cornette, cet appendice encombrant s'enroulait parfois en tortil circonscrivant le bord retroussé de la visagière formant tour de tête. Sous ce tortil s'étalait le guleron qui pouvait dès lors servir à préserver du soleil ou du vent, soit la nuque, soit un côté du visage, en tournant le chaperon à volonté suivant le besoin (fig. l2). L'extrémité de la cornette se trouvait plus ou moins saillante hors du turban, Comme le fait comprendre la figure 14. Les deux exemples de chaperons en bonnet que donne cette figure proviennent d'un Décameron, d'environ 1440. On remarquera l'extrémité de la cornette issant du tortil, en dessus dans l'un, en dessous dans l'autre.

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Quelquefois on enroulait la cornette de manière que le guleron, au lieu de pendre sous le turban saillit par-dessus en façon de crête de Coq (fig. 13). Le chaperon ainsi atourné prit le nom de chaperons à coquarde. Les cocardes de nos coiffures d'uniformes et de livrées, dont les plis en éventail rappellent ceux du guleron dressé en crête, n'ont pas d'autre origine. On sait d'ailleurs que les chaperons étaient souvent vêtements de livrées et, dans ce cas, aux couleurs des villes, seigneurs ou chefs de partis qui en octroyaient la livraison.

Ces deux agencements à cornettes tortillées, l'un sur le guleron (fig. l2 et 14), l'autre en dessous (fig. 13), nous paraissent avoir été rarement employés avec le chaperon à transformations dit chaperon à enformer, qui fait le sujet exclusif de ce chapitre. Il semble qu'en raison de leur économie un peu compliquée, ils furent plutôt de mise avec le chaperon façonné, c'est-à-dire établi d'une manière fixe et devenant dès lors une sorte de chapeau. Il est du reste assez difficile de distinguer, dans l'iconographie ancienne, les cornettes tortillées à demeure, de celles qu'on pouvait enrouler et dérouler à volonté. Toujours est-il qu'en général, lorsque le chaperon à enformer se coiffait en bonnet, la cornette pendait de côté librement, comme l'a montré la figure 5.

La cornette rapportée, du type clé la figure 8, permettait, ainsi que la cornette de coupe horizontale donnée par la figure 6, une façon de porter le chaperon en bonnet qu'on rencontre dans plusieurs monuments du quinzième siècle, le guleron pendant par derrière en garde-nuque, et la cornette tombant à plat le long du dos, par dessus le guleron, comme le fait voir la figure 16.

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Enfin, dans les cortèges funèbres, les proches du défunt portaient ce qu'on appelait le chaperon embranché. C'était un chaperon de drap noir, qu'on enformait, le guleron revêtant les épaules, le capuchon coiffant la tête, et l'avancée de la visagière laissée dans toute son ampleur, ce qui constituait l'embranchement. Le visage, enfoui dans la profondeur de cette avancée, demeurait invisible, et la cornette pendait à plat sur le dos. La figure 17, reproduite d'après une statuette de pleurant du tombeau de Philippe le Hardi, fait comprendre cette disposition. La figure 18 donne le patron de ce chaperon de deuil, qui possède, de même que le chaperon de la figure 5, deux pièces d'épaules rapportées. C'est au moyen d'une pince pratiquée sur chacune de ces pièces qu'on obtenait l'exact emboîtement des épaules par le guleron que présente la figure 17, ainsi que beaucoup d'autres chaperons de deuil du quinzième siècle. On doit remarquer la large ouverture de la visagière du chaperon embranché de notre pleurant. Son pourtour dépasse la dimension normale, laquelle n'excédait guère deux pieds pour les chaperons ordinaires de moyenne grandeur. Cette particularité semble avoir été spéciale aux chaperons de deuil. Ceux-ci en effet, fournis aux frais du défunt pour le temps de la cérémonie des funérailles, n'étaient sans doute pas faits sur mesure, mais taillés plutôt grands de façon à pouvoir s'adapter aisément à toutes les têtes.

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Le chaperon embranché fut conservé tard dans le cérémonial des convois funèbres puisqu'il figure encore aux obsèques de l'empereur Charles Quint en 1558 et à celle s de Louis XIV en 1715.

Bien que cette manière de porter le chaperon fût plus spécialement réservée à la famille et à la maison d'un défunt le jour de ses funérailles, elle avait été également employée dans des circonstances moins solennelles, mais parfois aussi moins avouables. L'incognito, que conférait à son porteur le chaperon embranché, était trop propice aux attaques à main armée pour que les malandrins n'usassent pas d'un genre de coiffure leur permettant d'exécuter leurs mauvais coups sans risquer d'être reconnus. Aussi cette mode avait-elle été défendue par un édit de 1399.

La suite variée de petits chefs-d'oeuvre, constituée par les pittoresques pleurants des tombeaux des ducs de Bourgogne, est une source unique et précieuse pour une étude approfondie du chaperon au quinzième siècle. C'est ce qui nous a conduit à parler du chaperon de deuil, bien que Jeanne d'Arc n'ait certainement jamais eu l'occasion de le porter. La plupart de ces pleurants ne sont pas des moines, comme d'aucuns seraient tentés de le croire, mais bien des officiers de la maison ducale revêtus de la livrée funèbre commandée par les circonstances. Leurs chaperons un peu spéciaux, quant à l'ampleur de leurs visagières qui fait que la plupart d'entre eux ne pourraient être mis en bonnet, n'en ont pas moins la coupe, dans ses lignes essentielles, de tous les chaperons usités alors dans la vie ordinaire. Les diverses cornettes de ces coiffures de deuil sont identiques à celles des chaperons d'usage courant que nous représentent, avec les mêmes variantes d'innombrables miniatures des trois premiers quarts du quinzième siècle. C'est pourquoi nous croyons utile de montrer, dans la figure 19, six manières différentes d'adapter ces appendices aux capuchons que nous offre, avec un merveilleux fini de détails, l'envers de ces jolies statuettes.

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On reconnaîtra dans les deux premiers chaperons, en commençant en haut par la gauche, ceux dont les figures 6 et 18, ont donné les patrons.

Le second et le troisième proviennent du tombeau de Philippe le Hardi, terminé en 1411. Le sixième et dernier appartient au monument de Jean sans Peur, achevé en 1470. Les trois autres se rencontrent dans l'ornementation des deux tombeaux. C'est dire que ces variétés furent immuables pendant plus d'un demi-siècle, et que par conséquent elles ont existé du temps de la Pucelle.

Quatre de ces chaperons sont à cornettes rapportées, deux seulement à cornettes horizontales. Avec le type à cornette verticale donné par la figure 4, ces six chaperons forment la série complète des différents emmanchements de cornettes usités dans la première moitié du quinzième siècle.

On remarquera que les coutures fermant les cornettes se trouvent tantôt sur leurs faces externes, comme dans les second, cinquième et sixième chaperons, tantôt sur leurs faces internes en contact avec le dos et par suite invisibles, ainsi qu'en témoignent les premier, troisième et quatrième chaperons.

Il arrive souvent que les cornettes sont taillées en deux morceaux et, dès lors, couturées à la fois intérieurement et extérieurement. Cette disposition, obligatoire avec les cornettes mi-parties de deux couleurs (fig. 8), se rencontre aussi dans les chaperons à cornettes non rapportées, lorsque leurs têtières affectent la forme convexe du crâne. Une couture est en effet indispensable pour obtenir cette convexité. On voit que le cinquième chaperon de la figure 19 rentre dans cette dernière catégorie. Indépendamment de sa couture interne, invisible sur notre dessin, la cornette de ce chaperon possède une couture externe, visible, qui se prolonge sur le capuchon jusqu'au bord de l'ouverture de la visagière. Cette couture ne serait qu'une complication inutile si elle ne servait à cintrer le dessus de la têtière.

C'est pour cette raison qu'on doit considérer comme convexes les têtières des quatrième et sixième chaperons, à cornettes rapportées, puisqu'elles sont couturées à leurs sommets, tandis que les capuchons des trois premiers chaperons sont forcément droits, se trouvant taillés d'un seul morceau et sans couture.

Remarquons enfin, avant de quitter l'examen de la figure 19, que les trois grands gulerons de ces chaperons du rang supérieur s'augmentent de pièces d'épaules dont sont dépourvus les gulerons de dimension moindre des chaperons de la deuxième rangée.

On peut voir que les cornettes de ces chaperons, si variées qu'elles paraissent au premier abord, se ramènent toutes à trois genres, celui des cornettes verticales, celui des cornettes horizontales et celui des cornettes rapportées. Ce dernier, bien que d'une coupe plus compliquée, était le plus répandu par la raison qu'il donnait à la cornette la faculté de se placer aussi bien verticalement qu'horizontalement. Les cornettes rapportées sont en effet en majorité dans la suite des pleurants enchaperonnés des tombeaux des ducs de Bourgogne, où l'on ne rencontre que quatre cornettes horizontales et une seule cornette verticale, proportion qui semble bien se trouver confirmée par un examen attentif des miniatures du quinzième siècle. La figure 20 montre les deux positions verticale et horizontale qu'on pouvait faire prendre à la cornette rapportée. d'un même chaperon. Parmi les diverses façons de coiffer le chaperon, il en était que favorisait la cornette verticale et d'autres qui s'accommodaient mieux de la cornette horizontale. Nous laisserons de côté la cornette rapportée que nous savons propre à toutes les transformations qu'on exigeait du chaperon, puisqu'elle participait à la fois du type vertical et du type horizontal, pour parler maintenant des différentes aptitudes à se métamorphoser que possédaient inégalement ces deux derniers modes, toujours usités, quoique les plus anciens, en raison de la simplicité de leur coupe.

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La cornette horizontale tombait naturellement et régulièrement à plat le long du dos, lorsque le chaperon se trouvait enformé ou mis en gorge, comme on peut le voir dans les figures 9, 11, 15, 17 et 19. Il n'en était pas de même avec la cornette taillée verticalement. Le capuchon enformé, la cornette verticale ne tombait à plat, qu'à la condition de lui faire produire à s'a naissance deux sortes de petites cornes qu'occasionnait la courbe concave de son tracé, contrariée par une position anormale (fig. 21). Aussi, chez les hommes, cette cornette à coupe verticale était-elle toujours portée tombant librement d'un côté ou de l'autre, quand le chaperon était enformé, comme le montre la figure 22.

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Seules les femmes la faisaient parfois pendre à plat au milieu du dos et produire dès lors à sa naissance ainsi que nous venons de le dire, deux saillies latérales sur le sommet de la tête, agencement qui avait pu donner l'idée des atours à grandes cornes, si prisés du beau sexe au temps de notre héroïne.

Contrairement à la cornette horizontale, la cornette verticale était peu propre à la mise en gorge. Lorsqu'on tirait sur cette cornette pour defeubler le capuchon, elle se plaçait gauchement, nuisait à la transformation de la visagière en tour de cou et ne pouvait tomber régulièrement à plat sur le dos comme le faisaient naturellement les cornettes horizontales et les cornettes rapportées.

Mais si la coupe verticale n'avantageait pas la retombée de la cornette à plat sur le dos dans l'encapuchonnement et dans la mise en gorge, elle était en revanche spécialement favorable au port du chaperon en bonnet représenté par la figure 5. Comme on peut le voir sur les patrons qu'ont donnés les figures 2 et 4, la cornette verticale se trouvait prolonger insensiblement et sans à coup la ligne postérieure du capuchon suivant un tracé légèrement concave, indiqué en A E dans la figure 2. La cornette horizontale au contraire s'emmanchait au capuchon de manière à former avec la même ligne une concavité très accentuée, ainsi qu'il est facile de s'en assurer en examinant le patron de la figure 6.

La mise en bonnet telle qu'on la voit dans la figure 5 avait pour conséquence de contrarier le sens de ces concavités, puisque la convexité du crâne faisait retomber naturellement d'un côté le guleron et de l'autre la cornette. Dès lors le tracé très peu concave de la ligne postérieure du chaperon à cornette verticale permettait à ces deux appendices une retombée de chaque côté de la tête que la ligne correspondante dans le chaperon à cornette horizontale était incapable de procurer.

Lorsqu'on coiffait en bonnet le chaperon à cornette horizontale, il fallait le disposer, soit de la façon que représente la figure 16, la cornette superposée au guleron tombant sur l'échine, soit, comme l'indique la figure 23, la cornette et le guleron se côtoyant et pendant du même côté.

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On peut donc ainsi que nous l'avons dit plus haut, distinguer les chaperons dont nous nous sommes occupé jusqu'à présent en chaperons à cornettes verticales, chaperons à cornettes horizontales et chaperons à cornettes rapportées, ces deux derniers modes plus spécialement propres à la mise en gorge, alors que le premier se portait de préférence en bonnet, le guleron pendant d'un côté, la cornette de l'autre.

Il y eut encore des chaperons qui ne possédaient pour toute cornette que la pointe de leurs capuchons. Les premiers chaperons du douzième siècle avaient été de cette sorte. Lorsqu'ils étaient enformés, la pointe du capuchon prenait l'aspect d'une petite corne, d'où le nom de cornette donnée à cette pointe qui fut l'origine de toutes les cornettes de chaperons. La figure 24 reproduit le patron d'un chaperon du quinzième siècle de ce dernier type. Il se portait généralement coiffé en bataille, le guleron sur l'oreille gauche et l'angle A du capuchon formant cornette et dardant sa pointe horizontalement au-dessus de l'oreille droite, ou inversement, comme le montre la figure 25, ainsi que beaucoup d'autres documents. Un Térence de la Bibliothèque nationale nous le fait voir en plusieurs endroits porté de deux façons également bizarres et exceptionnelles, l'angle de la têtière, tantôt tombant sur la nuque, tantôt pointant sur le front (fig. 26). Quelquefois la cornette produite par la pointe du capuchon était noyée dans le retroussis du tour de tête (fig. 27). Ce mode fut particulièrement en faveur vers 1410.

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Enfin il exista des chaperons dont la têtière se taillait de façon à circonscrire exactement le crâne, formant ainsi un capuchon rond et sans pointe. La figure 21 du chapitre consacré plus loin au harnachement du cheval montrera deux exemples de cette sorte de chaperon qui parait avoir été peu usitée. Les cinq catégories de chaperons que nous venons de passer en revue, chaperons à cornettes verticales, chaperons à cornettes horizontales, chaperons à cornettes rapportées, chaperons dont la cornette se réduisait à la pointe du capuchon et chaperons sans cornettes, à têtières arrondies, toutes les cinq également favorables à l'encapuchonnement de la tête, constituaient ce qu'on appelait les chaperons à enformer, les seuls qui fassent l'objet de ce chapitre.

Plusieurs manuscrits enluminés, et notamment un Livre de la Chasse de Gaston Phébus, comte de Foix, nous montrent quelques personnages portant le chaperon en gorge d'une façon tout à fait anormale. Ceux-ci se trouvent être le plus souvent des varlés et pages de Chiens en action de chasse. Les mouvements nécessités par leurs fonctions ont eu pour conséquence de faire tourner leurs chaperons de telle manière que cornettes et capuchons, au lieu de rester sur les échines, sont venus pendre par devant en façon de rabat. Pour remédier à cet inconvénient, on faisait parfois coudre aux gulerons des chaperons à enformer deux agrafes qui les fixaient à la robe sur la poitrine et sur le dos.

Tous les chaperons que nous avons successivement décrits étaient des chaperons à hommes. Peut-être n'est-il pas inutile de montrer en quoi les chaperons des femmes différaient de ces derniers.

La coupe des uns et des autres dérivait du même principe. Mais les deux côtés de la visagière des chaperons féminins ne se trouvaient jamais joints ensemble sous le menton par la couture qui réunissait ces deux parties dans les chaperons d'hommes. Il en résultait deux découpures angulaires encadrant le visage, lesquelles prenaient le nom d'oreillettes. Ces découpures, laissées libres, se prêtaient à des dispositions que la coquetterie savait varier selon la mode. Cependant lorsque les femmes demandaient au chaperon une protection efficace contre les intempéries plutôt qu'un simple enjolivement de coiffure, l'une des oreillettes était garnie de boutons et l'autre de boutonnières, de la visagière au bas du guleron, de manière à pouvoir clore le chaperon par devant et garantir ainsi la gorge jusqu'au menton en prenant la forme du cou. Il en avait été de même de certains chaperons d'hommes en faveur au quatorzième siècle et encore usités exceptionnellement dans les premières années du quinzième.

Les monuments nous montrent le chaperon porté en guerre enformé et recouvert d'une coiffure défensive, comme il l'était souvent du chapeau, ou même dit bonnet, dans le costume civil.

Parfois aussi le chaperon enformé recelait un casque au lieu d'en être surchargé. Celui-ci n'était alors qu'une calotte de fer sans bords saillants, appelée coiffette, cervelière ou capeline.

On portait encore le chaperon en armes autrement qu'enformé. C'est ainsi qu'on le rencontre mis en bonnet par dessus la cervelière dans une miniature d'un Froissart de la Bibliothèque de Besançon, représentant les membres de la faction flamande des Chaperons blancs.

Ordinairement en drap, les chaperons à enformer étaient, à l'exception de leurs cornettes, souvent doublés, quelquefois fourrés. Il en existait de sangles ou seingles, c'est-à-dire sans doublure. Les chaperons doublés s'appelaient chaperons doubles, leur doublure se trouvant communément du même drap que le reste du chaperon. Dans certains cas pourtant, on doublait les chaperons d'homme de taffetas, comme ceux des femmes. Rarement la doublure se distinguait de l'étoffe extérieure par une couleur différente. Il y eut des chaperons dont la visagière seule était doublée.

La visagière des chaperons sangles se taillait plus saillante que celle des chaperons doubles. On peut constater cette particularité en comparant le patron du chaperon du Puits de Moïse, donné par notre figure 2, avec celui du chaperon à longue cornette de la figure 4. Tous deux sont à cornettes verticales; mais le premier, ayant une profonde visagière, est un chaperon sangle, tandis que le second, dont la visagière est moins saillante, est destiné à recevoir une doublure. On comprendra en effet qu'une certaine consistance fût nécessaire au pourtour de la visagière quand il s'agissait de le transformer en tour de tête afin de pouvoir coiffer le chaperon en bonnet.Cette consistance s'obtenait, dans les chaperons doubles, en retournant en dehors le bord de la visagière une seule fois sur lui-même, ce qui produisait un tour de tête de quatre épaisseurs d'étoffe, dont deux de doublure. Avec le chaperon sangle, il fallait, pour remédier à la minceur de la visagière, que celle-ci pût être retournée deux fois sur elle-même et qu'à cette fin elle fût taillée plus saillante que celle d'un chaperon doublé. Le tour de tête se trouvait alors de trois épaisseurs d'étoffe. Cette quantité, moindre que dans les chaperons doubles qui en produisaient quatre, était néanmoins suffisante parce que le chaperon sangle se confectionnait généralement en drap plus épais que celui qu'on employait pour les chaperons destinés à être doublés. C'est du moins ce que nous croyons pouvoir affirmer à la suite de nombreuses expériences. Cependant, ces tours de tête, malgré leurs trois ou -quatre épaisseurs, n'enserraient pas toujours le crâne assez solidement. On a pu remarquer d'autre part, en examinant nos figures 1, 5, 11, 15, 16, qu'en raison de la coupe des chaperons le retroussis de la visagière se trouvait constamment plus large du côté du front qu'en bas, à l'endroit du menton. Que ce retroussis fût donc établi à trois ou quatre épaisseurs, on procédait le plus souvent à un dernier repli qui ne s'effectuait dès lors que sur la moitié de la circonférence du tour de tête, du côté large. Cette opération produisait sur le devant et sur le derrière du tour de tête un pli oblique, dont la présence se constate sur maintes miniatures représentant des personnages coiffés du chaperon en bonnet.

Il arrivait que le bord des gulerons fût découpé, à quarreaulx, à lambeaux, à longues feuilles pendans. Parfois on découpait en dents aiguës ou arrondies non seulement le guleron, comme le montrent nos figures 7 à 10, mais encore la cornette, et aussi le tour de la visagière.

Au début du siècle, on avait vu des cornettes taillées sur leurs côtés en longues dents qui leur donnaient l'apparence d'arêtes dorsales de poissons, et il s'en était trouvé d'autres, vers 1415, garnies d'entre-deux de draps de différentes couleurs.

Quelquefois le bas de la cornette seul était frangé en minces lambeaux. L'extrémité des cornettes courtes se trouvait, tantôt coupée carrément comme l'était toujours celle des longues cornettes au temps de Jeanne d'Arc, tantôt terminée en pointe ou-en bout arrondi.

Les plus longues cornettes que nous ayons reproduites (fig. 4 et 8) n'atteignent guère que le bas des reins lorsque les chaperons sont enformés. D'autres descendaient davantage, sans arriver cependant, pour les chaperons à enformer, aux dimensions de celles que nous verrons adaptées à certains chaperons façonnés. Quant à la largeur de ces appendices, elle ne dépassait pas, dans les chaperons libres, les plus grandes mesures données par nos patrons.

Un ancien texte nous apprend qu'à l'occasion, la cornette servait de bourse. L'argent était introduit par la tétière, et, parvenu au fond du cul-de-sac qui terminait la cornette, arrêté au moyen d'un noeud. Quelques monuments nous montrent en effet de longues cornettes pendantes ainsi nouées près de leur extrémité inférieure.

Il nous reste à citer une manière universellement adoptée d'user du chaperon qui consistait à le porter sur l'une ou l'autre épaule, mais de préférence sur la gauche, comme le fait voir la figure 28. La visagière, avec son bord retourné, était posée sur l'épaule, l'ouverture en dehors, le guleron pendant en arrière sur l'omoplate, et la cornette tombant verticalement par devant. Le chaperon du Puits de Moïse que nous avons reproduit au début de ce chapitre (fig. 1), est ainsi placé sur l'épaule du prophète Isaïe. Quicherat prétend qu'une agrafe ou un bouton maintenait le chaperon dans cette position.

Le Rozier des Guerres 1461-1483

A côté de ces chaperons à plusieurs fins, tour à tour bonnets, turbans ou capuchons, il existait, comme nous l'avons déjà dit, toute une autre catégorie de ce genre de coiffure, laquelle ne fut pas la moins usitée dans le cours du quinzième siècle. Nous voulons parler des chaperons façonnés, c'est-à-dire établis d'une manière fixe. On avait trouvé incommode, chaque fois qu'on coiffait le chaperon en turban, de disposer d'une façon satisfaisante le tortil de la cornette et les plis du guleron. En outre, le seul fait d'ôter cette coiffure en dérangeait l'économie, et c'était un nouveau travail lorsqu'il s'agissait de la remettre sur la tête. On avait donc imaginé de façonner le turban et le guleron d'une manière définitive et de les coudre à la têtière. Le tout devenait ainsi une sorte de chapeau. Il en fut de même pour les chaperons mis en bonnets, sans être enturbannés de la cornette; un bourrelet, recouvert d'étoffe, vint remplacer la saillie formée par le bord de la visagière roulé sur lui-même. Une cornette et un guleron taillés à part étaient ensuite fixés sur ce bourrelet. Cependant ces chaperons, échafaudés à demeure, ne répondaient plus au but -primitif de cette partie du costume qui consistait à servir à la fois de capuchon -par le mauvais temps et de chapeau pour se garantir du soleil. C'est pourquoi les deux catégories de chaperon coexistèrent.

Il faut d'ailleurs remarquer que le chaperon, et plus spécialement le chaperon façonné, parait avoir été par excellence la coiffure habillée. En voyant de nos jours la vogue plus que centenaire de notre extravagant chapeau haut-de-forme, il est permis de se demander si celle des chaperons façonnés, d'égale durée, ne venait pas, comme pour notre chapeau de cérémonie, de leur bizarrerie et de leur incommodité. Les docteurs, les magistrats, estimaient le chaperon tellement-indispensable à la gravité de leur tenue qu'ils le portaient encore, alors qu'il avait disparu dans le reste de la nation, non plus sur la tête qu'ils coiffaient d'un bonnet, mais sur l'épaule, où nous le retrouvons aujourd'hui sous le nom de chausse ou d'épitoge, chez leurs successeurs directs. Le chapeau, quoique souvent richement orné, semble avoir été considéré, au quinzième siècle, plutôt comme une coiffure de fantaisie, laquelle, dans certains cas ne dispensait pas du chaperon. Façonné, celui-ci fut très prisé des seigneurs et des bourgeois, tandis que les gens du peuple et les paysans n'usèrent jamais que du chaperon à enformer, qu'ils pouvaient mettre en capuchon par le froid, la neige ou la pluie, en garde-nuque pour se protéger du soleil, et en simple bonnet lorsque la température était modérée.

Si Jeanne d'Arc a jamais porté des chaperons façonnés, ce ne put être croyons-nous, qu'après son admission par Charles VII comme chef de guerre. Il est certain que les villageois de Vaucouleurs ne durent lui donner que le chaperon à enformer, véritable coiffure de voyage. Le poids, le volume, la rigidité et les appendices encombrants autant qu'inutiles du chaperon façonné le rendaient impropre à la dure chevauchée qu'allait entreprendre l'héroïne. D'autre part, la mise simple dont elle ne semble pas s'être départie tant qu'elle séjourna à Chinon et à Poitiers, infirme l'hypothèse qu'on pourrait émettre de l'acquisition dans l'une de ces deux villes d'un chaperon de cette dernière sorte à son usage. Tout au plus est-il loisible de supposer qu'à son arrivée à Chinon, elle remplaça son chaperon de route, trop fatigué à la suite des vicissitudes d'une longue pérégrination, par une coiffure neuve mais du même genre pour se présenter décemment devant le roi.

Le chaperon de Vaucouleurs était-il à courte, longue, étroite ou large cornette ? Celle-ci s'y trouvait-elle horizontale, verticale ou rapportée ? Le guleron était-il court, long, découpé ? Enfin ce chaperon était-il sangle, doublé ou fourré ? Ce sont là autant de questions que nous nous déclarons impuissant à résoudre. Nous savons seulement que toutes ces variétés du chaperon ont été usitées pendant la première partie du quinzième siècle sans changement appréciable, et que chacune d'elles constituait, par excellence, la coiffure propre à une longue chevauchée d'hiver. A toutes les questions posées par le titre même de notre ouvrage, nous n'avons pas la prétention de répondre avec la même précision affirmative et de reproduire en tous points le costume de Jeanne d'Arc tel qu'il était, mais seulement d'indiquer ce qu'il pouvait être ou ne pas être, selon les modes du temps où vivait notre héroïne.

Nous devons cependant faire remarquer qu'en 1429, l'usage des cornettes taillées à part et rapportées était depuis longtemps très répandu, ce genre se prêtant mieux que tout autre aux diverses transformations qu'on exigeait d'un chaperon libre. Il y a donc quelques probabilités pour que le chaperon de Vaucouleurs ait été du modèle que donnent nos figures 8 et 9, moins sans doute les découpures du guleron, puisque Mathieu Thomassin nous raconte que la Pucelle se présenta au dauphin, vêtue de bien simple manière et que, par conséquent, son chaperon, comme le reste de son accoutrement, devait être dépourvu d'enjolivures.

D'après le greffier de la Rochelle, ce premier chaperon de Jeanne aurait été de couleur noire.

Le plus souvent porté enformé, ainsi que le montrent les figures 7 et 10, durant le voyage de Vaucouleurs à Chinon, le chaperon noir de la Pucelle put être parfois coiffé par la visagière de la façon qu'indique notre figure 5, notamment lors de son séjour dans cette dernière ville. Toujours est-il que, dans la grande salle du château royal, lorsque Jeanne aborda le dauphin, il est vraisemblable qu'elle se découvrit, jeta son chaperon sur son épaule et mit en genou en terre. C'est généralement dans cette posture que les monuments de l'époque nous représentent les personnages porteurs de chaperons qui s'approchent des grands (fig. 29).

Le Rozier des Guerres 1461-1483

Ce chapitre sur les chaperons à plusieurs fins ne serait pas complet si nous passions sous silence la manière de s'en débarrasser lorsqu'on les portait enformés, car c'est dans cette opération que se manifestait une des utilités de la cornette. Nous avons déjà vu combien les cornettes longues étaient favorables à la mise en gorge du chaperon. Les cornettes courtes, aussi bien que les longues, avaient à jouer un rôle non moins important dans l'enlèvement du chaperon enformé. Il eût été en effet peu commode de se décoiffer d'un chaperon ainsi porté autrement qu'en saisissant la cornette de la main droite et en la tirant franchement d'arrière en avant.

La figure 30, qui sera la dernière de ce chapitre représente le patron reconstitué d'un chaperon à enformer tel qu'en portaient les voyageurs au quinzième siècle.

Le Rozier des Guerres 1461-1483

Nous avons vu que les chaperons étaient en général doubles ou sangles mais qu'il y en avait aussi dont la visagière, c'est-à-dire la partie comprise entre l'avancée F A B C D et la ligne pointillée F E D se trouvait seule doublée et c'est ce mode que nous avons adopté pour notre reconstitution. La cornette, dont nous ne donnons ici que les extrémités, mesure un mètre dix- huit de longueur de la pointe de la têtière à son extrémité inférieure.

Un chaperon de drap noir, exécuté d'après le patron ci-dessus, nous semble devoir se rapprocher beaucoup de celui qui préserva des intempéries d'une fin d'hiver la tête, la gorge et les épaules de l'héroïque Pucelle au cours de son voyage des marches de Lorraine en pays de France. Souhaitons maintenant que les artistes, ayant à la représenter à ce début de sa mission, n'infligent pas à leur innocente victime la toque à plumes dont l'affuble gratuitement certain auteur moderne, à la seule satisfaction des partisans attardés du style troubadour cher à nos aïeux de 1830.



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